lundi 10 novembre 2014

L’incroyable découverte 13 ans après la mort de Johanne Sutton !


Au mois d’août 2014 j’étais loin très loin de Paris. J’ouvre mon Facebook et je trouve une photographie qui m’a laissée sans voix. Cette photo avait été partagée par quelqu’un qui l’a partagé à son tour etc.
Elle  montrait un grand panneau monté sur un châssis de bois en pleine brousse. On y voyait une photo de Johanne avec écrit « Ecole Fondamentale Johanne Sutton Tienfala Mali».
Imaginez l’émotion, l’interrogation, le choc en voyant une telle photo !!
Il existerait donc au Mali une école portant le nom de notre Johanne ! 
A la fois tourmentée par l’utilisation du nom et de l’image de Johanne et intriguée, je décide, avec l’accord de ma famille d’enquêter sur cette école.




Une enquête de deux mois ! 


De retour à Paris, je prends rendez-vous avec Monsieur le Conseiller Culturel de l’Ambassade du Mali en France (je préfère passer par les voies officielles).
Il me reçoit et, à son tour, lui aussi reste perplexe quand je lui montre la photo. 
Intrigué que nous ne soyons pas au courant, il me déclare qu’il ne l’est pas lui non plus. Il m'informe de son départ imminent  pour le Mali dans quelques jours et me promet  de faire des recherches. 
Il tient parole ! 

Moins d’une semaine plus tard, je reçois un appel, c’était Monsieur Amadou, le fondateur de l’école. 
Très ému, il m’explique qu’il nous cherche depuis plus de 10 ans, nous la famille de Johanne. 
Il me dit qu’une association a été créée au nom de Johanne il y a 10 ans, que tous les ans, le 11 novembre,  ils se réunissent pour honorer la mémoire de Johanne. De plus, depuis trois ans, une école élémentaire a été ouverte à Tienfala.

Le dédain des médias


Depuis 10 ans M. Amadou et les adhérents, contactent les médias français, les journalistes passant par le Mali (et dieu sait qu’il y en a avec les évènements du pays). Il a contacté RFI et demandent  l’aide de tout ce beau monde pour les aider à nous trouver, nous la famille, pour nous informer.
Ils les invitent aussi tous les ans à venir communier avec eux  le 11 novembre pour penser à Johanne.
Et en 10 ans, RIEN, PERSONNE n’a daigné nous informer, et personne n’a daigné répondre à leurs invitations !!
Ce dédain vis-à-vis de Johanne, de sa famille, et de cette initiative malienne, ce manque de réflexe de transmettre l’information nous choque une fois de plus ! 
Alors, ce n’est pas grave, ils continuent parce que pour eux Johanne est un modèle pour la jeunesse, une femme exceptionnelle, une voix, une journaliste qu’on n’oubliera jamais !
Monsieur Amadou me dit : « vous comprenez, ils l’ont laissé crevée toute seule dans la boue et la nuit en Afghanistan !!!... ils n’ont rien fait pour Johanne ».
Je m’écroule, tente de contrôler mon émotion et demande à mon interlocuteur de m’envoyer par email tout ce qu’il a concernant l’association, l’école afin que je puisse en parler avec ma famille et prendre connaissance de tout ce travail. Ce qu’il fait.


Un tourbillon d’émotions

Et là je découvre, des photographies de l’école, l’hymne intitulé : « HYMNE : Ecole Johanne Sutton de Tienfala au Mali »que les enfants chantent pour Johanne tous les matins, les statuts de l’association…
Toujours  bouleversée par ces découvertes aussi incroyables qu’improbables, je laisse poser les choses.
Le Mali est tellement instable en ce moment qu’il vaut mieux pour tout le monde , faire des recherches complémentaires pour s’assurer que ces initiatives sont de belles initiatives,  conformes à ce qu’on peut désirer pour Johanne et son image à travers les siècles.
Je contacte donc l’Ambassade de France au Mali, leur explique l’histoire. 24h plus tard ils me répondent, ils commencent les recherches, m’envoient un lien qui malgré toutes mes alertes et ma veille Google sur Johanne n’est jamais remonté et qui m’en dit un peu plus sur l’ Association des amis de Johanne Sutton.

L’Ambassade diligente une enquête, se rend sur place et rencontre Monsieur Amadou, les professeurs, les membres de l’association et bien entendu ces adorables enfants. 
Ils m’envoient quelques semaines plus tard un rapport d’une bonne quinzaine de pages me rendant compte de leurs constats. 

Il nous semble après ce parcours hallucinant que les initiatives menées au Mali sont belles et dans un profond respect de Johanne.

Johanne, de là où elle est attentive avec son beau sourire qui nous enveloppe encore. Maman, Papa qui ne sont plus là doivent aussi regarder ces derniers évènements qui vont dans le sens la vie qui perpétuent sa mémoire. 

Le 11 Novembre 2014  à Tienfala

Je reçois vendredi un email d’Amadou me présentant le programme des cérémonies du 11 novembre pour Johanne Sutton, la ville, l’école, les officiels, les enfants sont tous mobilisés. De 7 heures du matin à midi ils vont célébrer Johanne, son intelligence, sa gentillesse et son professionnalisme ! 
Les enfants vont chanter, danser, le Maire de la ville va prendre la parole et même l’Ambassade de France devrait être représentée. 

Depuis l’assassinat de Johanne le 11 Novembre 2001 en Afghanistan par les talibans alors qu’elle effectuait son travail de journaliste Grand-reporter, tous les 11 Novembre depuis 13 ans, nous nous réunissons à la maison avec les amis et la famille à Paris pour honorer sa mémoire.
Cette année, avec l'émotion de ces derniers mois je voulais organiser une réunion en visio avec eux afin que nous fassions tous connaissance, mais, malheureusement les moyens techniques sur place ne nous le permettent pas. 
Jamais nous n’aurions pu imaginé qu’une communauté malienne rendait également cet hommage immense à Johanne au même moment que nous, et ce, depuis des années.
Alors, nous avons enregistré une petite vidéo que nous avons envoyée à notre contact précieux pour qu’il la diffuse aux invités présents le 11 novembre à Tienfala.




L’école Johanne Sutton plus de 100 enfants ! 

L’école Johanne Sutton de Tienfala est une école privée. Les professeurs enseignent de l’équivalent du CP à la 6ème. Un jardin d’enfants est en cours de construction. 
109 enfants, filles et garçons étudient à l’école (avec une majorité de 61 filles, Jo aurait adoré !). L’école est laïque  (ce qui est fondamental pour nous). Les enfants apprennent le calcul, la grammaire, l’orthographe et bien d’autres choses encore. 
Tous les matins avant d’entrer en classe les enfants chantent l'hymne dédié à  Johanne. 

Voilà je vous ai raconté ces deux mois d’émotions et de découvertes. Cette année comme toutes les autres années nous sommes emplis de chagrin, mais cette découverte malienne nous a fait chaud au cœur, et, nous permet d’affronter ce terrible 11 novembre de plus, avec un petit sentiment d’apaisement…. 

Il y aura une suite, sans doute, je vous teindrai au courant  …

Extrait de l’hymne à Johanne : « C’est l’école pour une bonne éducation et  de  la réussite  des nouvelles générations
A ton image, Johanne Sutton, nous,  élèves de cette école, serons  les espoirs de demain du Mali, et de toute l’Afrique, […] »


11 Novembre 2014 : Mise à jour

Ce matin, j'ai eu une émouvante surprise. Monsieur Amadou m'a appelé alors que la cérémonie commençait. J'ai eu également la Secrétaire Générale de l'Association Johanne Sutton qui m'a dit combien elle était émue d'avoir trouvé la famille de Johanne.
A 3 reprises Monsieur Amadou m'a appelé pour me faire entendre les enfants chante lhymne de Johanne . Puis il y a eu le Maire de Tienfala qui a honoré notre soeur avec l'expression "la meilleure journaliste de la planète".
La télévision malienne était là et l'Ambassade de France a également rendu hommage à Johanne.

Je suis bouleversée, chavirée par tant d'humanité en ces temps si noirs et si difficiles.


Mise à jour du 18 Novembre 2014


Articles parus suite aux commémorations ayant eu lieu au Mali

Dakana très bel article racontant la journée du 11 novembre à Tienfala

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4 commentaires:

Baie de Somme, l'actu a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Sabine Godard a dit…

Touchée, émue par ce texte. J'ai eu la chance de démarrer ma carrière avec Johanne. C'était il y a près de 25 ans, un bel été partagé, à Nice. Souvenir d'une journaliste enthousiaste, souriante, débordante d'idées et d'énergie. Je pense souvent à elle.

helene vissiere a dit…

C'est une histoire incroyablement émouvante. Moi aussi je pense souvent à Johanne et à son lumineux sourire et à tous les moments drôles et tendres que nous avons partagés. Sa photo est diffusée au Newseum à Washington, parmi celles des journalistes disparus.

Calixte Afora a dit…

j'ai versé des larmes à la lecture de cette page. c'est tellement plein d'humanité. un grand bravo à cette association et bon courage aux autorités de cette école. plein succès pour les enfants.